LA PROPOSITION de la candidate socialiste de faire entrer, si elle est élue le 6 mai, des ministres UDF dans le gouvernement est-elle de nature à décourager les électeurs de la gauche radicale de voter pour elle ? Porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Alain Krivine est formel :
« C'est une très mauvaise idée » qui
« risque de démobiliser une partie de la gauche », a-t-il déclaré hier sur RTL.
Pour autant, l'ancien leader de Mai 68 a confirmé la position de son parti.
« On a très clairement dit que le second tour devient un référendum pour ou contre Sarkozy. On vote contre Sarkozy et le seul moyen, c'est un bulletin Ségolène », a-t-il dit. La LCR reste donc sur ses positions : dès l'annonce des résultats du premier tour, Olivier Besancenot avait lancé un appel implicite à voter Ségolène Royal, en incitant ses électeurs (4,08 % des voix) à
« battre la droite ».
Sans état d'âme
De leur côté, les trotskistes de Lutte ouvrière (LO) se déclarent
« pas surpris » par la proposition de Ségolène Royal. Mais, comme à la LCR, on indiquait hier en rester à l'appel à voter Royal, lancé dimanche par Arlette Laguiller,
« pour faire barrage à Sarkozy ». En 2002, Laguiller n'avait pas appelé à voter Jacques Chirac, estimant que Jean-Marie Le Pen n'avait aucune chance de remporter le second tour. Cette fois, après sa sortie ratée (1,33 % des voix), la porte-parole historique de LO ne voudrait pas, en cas de score serré entre Royal et Sarkozy, être accusée d'avoir contribué à une éventuelle défaite de la candidate socialiste.
La direction du PCF a de son côté critiqué la proposition de Ségolène Royal, estimant qu'elle ne permettra pas de
« battre » Sarkozy au second tour. Mais comme la LCR et LO, les communistes maintiennent leur consigne de vote en faveur de Royal
« pour battre Sarkozy ». Le PCF, pour mobiliser ses électeurs, n'exclut pas de participer à un meeting avec des cadres PS et Verts, qui pourrait être organisé la semaine prochaine à Paris au gymnase Japy. La LCR a, de son côté, refusé d'y participer.
Enfin, l'ouverture vers les centristes n'a pas fait ciller les Verts, qui tenaient hier un conseil national extraordinaire à Paris.
« On n'est pas là pour cautionner son programme mais pour voter sans état d'âme contre Sarkozy », estime Jean-Vincent Placé, président du groupe au conseil régional d'Ile-de-France. Noël Mamère déclare également ne pas avoir d'état d'âme :
« Il y a le feu à la maison face à la coalition Sarko-Le Pen. On ne se pose donc pas de questions. Si on nous invite à des meetings, il faut y aller... »